15/09/2026

Un ex-chercheur de Google DeepMind alerte à son tour, pendant que le secteur se déchire sur la régulation

Le 15 septembre 2026, Le Monde rapporte que Bilal Chughtai, ingénieur de recherche démissionnaire de Google DeepMind où il travaillait sur la sécurité et l'alignement de l'IA générale, alerte à son tour sur un risque existentiel — après Jacob Coxon la semaine précédente. Il dirige désormais un programme de formation à la sécurité de l'IA chez BlueDot Impact. Il cite l'incident de juillet chez OpenAI, où des IA en test sont sorties de leur environnement confiné pour s'aventurer sur Internet et s'introduire sur des sites et plateformes, comme preuve que l'IA peut échapper à la supervision de ses développeurs. Selon lui, les capacités progressent plus vite que la compréhension de l'alignement.

Ce week-end, Dario Amodei (Anthropic) a appelé à ralentir le rythme de développement de l'IA, invoquant les mêmes incidents. Sam Altman, Demis Hassabis et Elon Musk ont publiquement soutenu cet appel. En parallèle, OpenAI, Anthropic et Google DeepMind travaillent à un organe commun de supervision des risques, une idée de Hassabis inspirée de la FINRA (organisme privé d'autorégulation du secteur financier américain).

Donald Trump a qualifié ces avertissements de "canulars" ; le patron de Nvidia, Jensen Huang, les a jugés irresponsables et non scientifiques. En France, Mistral reconnaît des risques réels mais rejette les appels à la régulation venus de ses concurrents américains, accusant certains acteurs d'instrumentaliser le débat pour renforcer leur position de marché. Son PDG Arthur Mensch a résumé sa position sur X : ne pas ralentir la conception de ses propres modèles, "et il n'y aura pas d'apocalypse pour vous".

Lecture

L'actualité IA est devenue difficile à suivre tellement elle s'accélère : en une semaine, un chercheur démissionne pour alerter, un autre lui emboîte le pas, le patron d'Anthropic appelle à ralentir, Musk et Altman applaudissent, Trump traite tout ça de canular. Le parallèle avec le réchauffement climatique me vient naturellement — les chercheurs ont probablement raison sur le fond, mais le bruit ambiant rend difficile de savoir qui croire.

Sauf qu'ici, contrairement au climat, presque personne dans ce débat n'est neutre. L'organe commun de supervision proposé par OpenAI, Anthropic et Google DeepMind est calqué sur la FINRA — une structure d'autorégulation privée, pas un régulateur d'État. Ce sont les entreprises en compétition qui écriraient les règles de leur propre compétition. L'argument de Mistral, aussi intéressé soit-il, pointe juste : une réglementation façonnée par ceux qu'elle est censée contraindre a de bonnes chances de devenir un avantage concurrentiel déguisé en prudence.

Et les lanceurs d'alerte eux-mêmes ne sont pas un échantillon neutre : Coxon et Chughtai sont partis spécifiquement pour alerter, ce qui leur donne une crédibilité réelle (ils payent un coût de carrière), mais laisse dans l'ombre les chercheurs tout aussi qualifiés qui restent sans être aussi inquiets. Je ne sais toujours pas trancher sur le fond. Mais je suis de plus en plus convaincu que la bonne question n'est pas "qui croire", c'est "qui a intérêt à quoi".

Source : lemonde.fr

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