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Qu'est-ce que le cloud public ?

Comprenez ce qu'est vraiment le cloud public : mutualisation, libre-service, élasticité et facturation à l'usage. Les cinq caractéristiques du NIST sans le jargon, le vocabulaire de base (région, zone de disponibilité, instance, stockage objet) et les limites à connaître avant de déployer.

Débutant
Un immense entrepôt de serveurs vu de l'intérieur, avec un petit conteneur posé sur un chariot, pixel art

Après plusieurs mois passés sur Docker puis sur les GitHub Actions, on ouvre aujourd’hui une nouvelle série de fiches techniques sur NX : le cloud public.

Faisons d’abord le point sur le chemin parcouru. Vous savez construire une image Docker, vous savez la pousser sur un registry, et vous savez même le faire automatiquement depuis GitHub Actions. Il reste pourtant une question, et elle est de taille : cette image, elle tourne où ?

Jusqu’ici, la réponse implicite était « sur un serveur ». Sauf que ce serveur, quelqu’un a bien dû le commander, le brancher, l’installer, le mettre à jour et le remplacer quand il a lâché. Le cloud public, c’est exactement ce qui a fait disparaître cette étape du quotidien de la plupart des développeurs.

Dans cette fiche, on pose le décor : ce qu’est vraiment le cloud public, les cinq caractéristiques qui le définissent, le vocabulaire que vous allez croiser partout, et les limites qu’on ne découvre qu’une fois dedans. Pas de console de fournisseur ni de tutoriel pas à pas ici — ça viendra plus tard dans la série.


C’est quoi le cloud public, concrètement ?

Le cloud public, c’est de la puissance de calcul, du stockage et du réseau loués à la demande chez un fournisseur, sur une infrastructure qu’il partage entre tous ses clients.


Quatre idées suffisent à en faire le tour :

  • la mutualisation : les mêmes machines physiques servent à des milliers de clients, chacun isolé des autres. C’est ce partage qui permet au fournisseur d’amortir un parc que personne ne pourrait s’offrir seul ;
  • le libre-service : vous créez et détruisez vos ressources vous-même, sans demander l’autorisation à qui que ce soit, sans bon de commande et sans délai de livraison ;
  • l’élasticité : vous montez de deux à vingt serveurs le temps d’un pic de trafic, puis vous redescendez. Sans rien jeter, puisque vous ne possédez rien ;
  • la facturation à l’usage : vous payez ce que vous consommez, souvent à la seconde de calcul et au gigaoctet stocké.

Le mot « public » ne veut pas dire que vos données sont visibles de tous. Il qualifie l’infrastructure, pas vos données : elle est ouverte à tout client qui la loue, par opposition à un parc de machines réservé à une seule organisation. On reviendra en détail sur cette distinction, c’est le sujet de la fiche suivante.


Les noms que vous connaissez déjà : Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud pour les trois plus gros, OVHcloud, Scaleway, Clever Cloud ou Hetzner du côté européen. Tous vendent la même chose sur le principe, avec des catalogues et des tarifs très différents.


Les cinq caractéristiques du NIST, sans le jargon

Il existe une définition de référence du cloud computing, publiée en 2011 par le NIST, l’institut de normalisation américain. Elle tient en cinq caractéristiques et, quinze ans plus tard, elle décrit toujours très bien ce qu’on achète.


Les voici, traduites en français courant :

  1. Le libre-service à la demande — vous provisionnez une machine ou du stockage tout seul, en quelques clics ou en une commande. Personne à appeler ;
  2. L’accès par le réseau — tout est joignable à distance, par des protocoles standards, depuis n’importe quel poste ou n’importe quel outil ;
  3. La mutualisation des ressources — le fournisseur sert plusieurs clients avec le même matériel, en réattribuant dynamiquement la capacité ;
  4. L’élasticité rapide — la capacité s’ajuste vite, parfois automatiquement, et vous donne l’illusion de ressources infinies ;
  5. Le service mesuré — tout est compté et facturé à l’usage, et vous pouvez consulter cette mesure.

Retenez surtout la cinquième, c’est la plus structurante. Si ce n’est pas mesuré et facturé à l’usage, ce n’est pas du cloud : c’est de la location de serveur avec une jolie interface. Le test est assez fiable pour trier les offres que vous croiserez.


Ce que ça change pour vous, développeur

Dans un modèle classique, obtenir un serveur passait par une demande, un budget, un bon de commande, une livraison, un montage en rack et une installation. On comptait en semaines, parfois en mois. Et comme la commande engageait pour trois ans, on prenait large « au cas où ».


Dans le cloud public, l’infrastructure devient une API. La même que celle qui se cache derrière la console web du fournisseur, et derrière sa CLI :

# La commande exacte dépend du fournisseur, mais la logique est toujours la même
cloud compute instance create mon-api \
  --type=2vcpu-4go \
  --region=europe-west-paris

Trois conséquences très concrètes pour votre travail quotidien :

  • l’infrastructure se code et se versionne. Puisque tout passe par une API, on décrit son infrastructure dans des fichiers, on les met dans Git et on les rejoue à l’identique. C’est ce qu’on appelle l’infrastructure as code ;
  • l’environnement de test redevient abordable. Monter une copie complète de la production pour deux heures ne coûte que deux heures ;
  • le dimensionnement n’est plus un pari. On démarre petit, on observe, on ajuste. Se tromper ne coûte plus trois ans d’amortissement.

C’est aussi ce qui explique que la frontière entre développement et exploitation se soit brouillée. Quand créer un serveur est devenu un appel d’API, la personne qui écrit le code s’est retrouvée en situation de le déployer elle-même.


Le vocabulaire de base

Quatre termes reviennent dans toutes les documentations, quel que soit le fournisseur. Les connaître vous évitera de vous perdre dès la première page.

Terme Ce que c’est Pourquoi ça compte
Région Une zone géographique où le fournisseur possède des centres de données Détermine où vos données résident et la latence pour vos clients
Zone de disponibilité Un centre de données isolé (électricité, réseau) à l’intérieur d’une région Répartir votre application pour survivre à la panne d’un site
Instance Une machine virtuelle louée, dimensionnée en vCPU et en Go de mémoire C’est là que tourne votre conteneur, votre API, votre base
Stockage objet Un espace où l’on dépose des fichiers, adressés chacun par une URL Images, sauvegardes, artefacts de build : tout ce qui n’est pas une base

Deux pièges classiques sur ces notions.


Le premier : région et zone de disponibilité ne se valent pas. Déployer deux instances dans la même zone ne vous protège de rien — un incendie ou une coupure électrique emporte les deux. C’est en répartissant sur plusieurs zones d’une même région qu’on gagne en résilience.


Le second : le stockage objet n’est pas un disque. On n’y modifie pas un fichier en place et on n’y monte pas un système de fichiers comme avec un volume Docker. On dépose un objet, on le récupère, on le remplace entièrement. C’est parfait pour des fichiers immuables, très mauvais pour une base de données.


Les limites qu’on découvre à l’usage

Le cloud public a des contreparties réelles, et il vaut mieux les connaître avant de signer qu’après.


La facture est variable, donc difficile à prévoir. C’est le revers exact de l’élasticité : payer à l’usage veut aussi dire payer un usage qui dérape. Une instance oubliée un week-end, un bucket de sauvegardes qui grossit sans surveillance, un pic de trafic inattendu, et le montant du mois n’a plus rien à voir avec l’estimation. On consacrera un contenu entier à cette question, elle le mérite.


La sortie des données se paie. Faire entrer des données chez un fournisseur est presque toujours gratuit. Les faire sortir, non. C’est ce qu’on appelle les frais d’egress, et c’est ce qui rend un déménagement bien plus coûteux qu’on ne l’imagine.


La dépendance au fournisseur est progressive. Une machine virtuelle et un disque se déplacent sans trop de peine. Une application construite sur la file de messages maison, la base propriétaire et le service d’authentification d’un fournisseur, beaucoup moins. C’est le vendor lock-in, et il s’installe rarement d’un coup : il s’accumule service après service.


Vous héritez des pannes du fournisseur. Sa disponibilité devient la vôtre, et vous n’avez aucun levier pendant l’incident. C’est en général bien meilleur que ce qu’une petite équipe obtiendrait seule — mais vous ne pouvez qu’attendre.


Astuce bonus - Lisez la grille tarifaire avant de déployer

Le réflexe qui évite les plus mauvaises surprises tient en une phrase : ouvrez la page des tarifs avant la documentation technique.


Trois points à y chercher systématiquement :

  • le prix de sortie des données, souvent relégué en bas de page alors qu’il décide de votre facture si vous servez des fichiers volumineux ;
  • ce qui reste facturé à l’arrêt. Une instance éteinte ne coûte plus de calcul, mais son disque, son adresse IP réservée et ses sauvegardes, si ;
  • le palier gratuit et sa date de fin. Beaucoup d’offres d’essai basculent au tarif plein sans prévenir au bout de douze mois.

Et dans la foulée : posez une alerte de budget dès la création du compte. Tous les fournisseurs en proposent, ça prend deux minutes, et c’est le seul garde-fou qui vous préviendra qu’un service tourne pour rien.


Et voilà, vous avez le décor ! Si vous ne deviez retenir qu’une chose : le cloud public, c’est de l’infrastructure mutualisée, pilotée par API et facturée à l’usage — le reste en découle, l’élasticité comme l’imprévisibilité de la facture.

Dans la prochaine fiche, on lève la confusion la plus fréquente du domaine : cloud public, privé, hybride, quelles différences et, tant qu’à faire, ce que vient faire le multicloud là-dedans. À très vite 😉.

D’ici là, je vous invite :

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Codez bien, Thomas

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le cloud public ?

Le cloud public, c'est de la puissance de calcul, du stockage et des services réseau loués à la demande chez un fournisseur, sur une infrastructure mutualisée entre tous ses clients. Vous ne possédez aucune machine : vous payez ce que vous consommez, à la seconde ou au gigaoctet.

Quelle est la différence entre le cloud public et un hébergeur classique ?

L'hébergeur classique vous loue une machine pour une durée fixe, souvent au mois, et vous la livrez en quelques heures. Le cloud public vous laisse créer et détruire des ressources vous-même, par API, en quelques secondes, et ne facture que le temps réellement consommé.

Le cloud public est-il moins cher qu'un serveur dédié ?

Pas systématiquement. Le cloud est très avantageux pour une charge variable ou imprévisible, parce que vous ne payez rien quand vous ne consommez rien. Sur une charge stable et connue 24 h/24, un serveur dédié revient souvent moins cher.